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L’armée européenne : une utopie commode

Dr Pierre-Emmanuel Thomann OPINION  L’idée de créer ses propres forces armées par l’Union européenne est aujourd’hui une utopie.  Le  président français Emmanuel Macron s’est  prononcé en faveur de la création d’une armée européenne, à l’occasion des commémorations du 11 novembre et la chancelière allemande Angela Merkel a soutenu cette idée. La déclaration d’Emmanuel Macron sur l’armée européenne devrait être considérée comme un slogan politique à l’approche des élections au Parlement européen de mai 2019. Elle ne reflète pas la véritable position française.

L’Allemagne et de la France ont des priorités  géopolitiques différentes. (voir la  carte sur les perceptions de sécurité de l’Allemagne et de la France).

Le président français compte sur des opérations militaires conjointes des membres de l’UE, car Paris veut pouvoir opérer dans la région méditerranéenne, au Moyen-Orient et en Afrique.  Le président français aimerait avoir le soutien des Européens, car en termes de sécurité pour les Français, la menace provient surtout du flanc sud, en particulier le terrorisme islamique. Quant au flanc est de l’Europe, il est secondaire pour les Français.

L’Allemagne se préoccupe au contraire de la sécurité  sur le flanc oriental de l’Europe. Pour l’Allemagne, qui a toujours fait partie de la structure militaire intégrée de l’OTAN, l’armée européenne serait un piler de l’alliance atlantique. Les Allemands sont en synergie avec les intérêts géopolitiques des États-Unis afin de se positionner vis à vis de la Russie.

C’est pour cette raison que l’Allemagne donne la priorité à la coopération structurée en cours entre les pays de l’Union européenne dans le domaine de la défense et de la sécurité (PESCO), afin de mettre en œuvre des projets communs, mais selon les priorités de l’OTAN. Ils se focalisent aussi sur la concept de nation-cadre au sein de l’OTAN, et se positionnent comme chefs de file des armées d’Europe centrale et orientale avec les Etats-Unis. L’Allemagne se méfie de l’idée d’Emmanuel Macron d’une initiative européenne d’intervention qui est supposée autonome à la fois de l’Union européenne et de l’OTAN. Les Allemands ne souhaitent être entrainés  outre mesure, à protéger les intérêts de la France dans la région méditerranéenne et en Afrique.

Le Président français est aussi atlantiste, et c’est pourquoi il estime que la coopération européenne dans le domaine de la défense doit être compatible avec l’OTAN, mais avec un degré d’autonomie plus grand que celui souhaité par l’Allemagne. Selon la vision de l’Europe puissance, la France aimerait  promouvoir la coopération dans le domaine militaire entre Etats-membres souverains de l’UE, mais pour occuper un rôle de chef de file.   .

Dans le contexte géopolitique actuel, l’idée d’une armée européenne ne  peut pas fonctionner car les Européens s’entendraient très difficilement sur un commandement intégré. En particulier, parce que la France possède des armes nucléaires, et que l’Allemagne n’en a pas. La France, contrairement à l’Allemagne, est également membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. De plus, La décision d’envoyer des soldats qui risquent leur vie n’est possible que dans le cadre d’une décision nationale, car il n’y a pas de peuple européen.

L’avenir est plutôt aux alliances fluides et variables, aux coalitions de volontaires en fonction de l’objectif stratégique et du théâtre géographique.

.La coopération entre Etats-membres de l’Union européenne sur les questions de défense  est déjà suffisamment difficile, il est contre productif de lui ajouter des objectifs utopiques. parler d’armée européenne est une utopie commode, qui permet d’escamoter les débats sur les visions géopolitiques en grande partie divergentes entre européens, et notamment entre l’Allemagne et la France.

Pour progresser sur la voie d’une coopération plus étroite entre les armées des Etats européens, un travail parallèle est nécessaire pour rapprocher les points de vues divergents sur le diagnostic géopolitique, les perceptions de sécurité et l’identification des intérêts communs, cartes sur table.

Cela ouvrirait enfin la voie vers un dialogue plus approfondi sur les finalités européennes.

Dr Pierre-Emmanuel Thomann – géopolitilogue

France doit « mieux partager » les frais de l’Otan

Donald Trump a déclaré au cours de son entretien avec Emmanuel Macron, qu’il estimait que Paris et Washington étaient “sur la même ligne”, a rapporté une source à l’Elysée , au lendemain d’un tweet du président américain visant des propos de son homologue français.

A peine arrivé à Paris vendredi soir (9/11), Donald Trump avait fustigé les propos d’Emmanuel Macron sur la création d’une armée européenne  “Très insultant, mais peut-être l’Europe devrait-elle payer sa part (du budget) de l’Otan, que les Etats-Unis assument largement”, avait-il écrit sur Twitter.

Pendant  ses déclarations mardi Macron a appelé de ses vœux la création d’une « véritable armée européenne » pour mieux protéger le continent.

« On ne protégera pas les Européens si on ne décide pas d’avoir une vraie armée européenne », avait alors plaidé le président français. Il faut « nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis »,

Le tête-à-tête à l’Elysée entre les deux dirigeants, qui se sont rencontrés en marge des commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, a été “très constructif”, a dit une source diplomatic. “Dès le début, Donald Trump a dit qu’il lui semblait que la France et les Etats-Unis étaient plus proches dans leur vision des choses”.

« Nous devons mieux partage le fardeau au sein de l’Otan », a lancé Emmanuel Macron dès les début de l’entretien à l’Elysée, une reponse diplomatique au  locataire de la Maison Blanche qui ne cesse de réclame une hausse des dépenses militaires des pays européens jugeant la situation actuelle injuste pour le contribuable américain.

Sommet OTAN et l’enjeu oublié du bouclier antimissile

Dr Pierre-Emmanuel Thomann OPINION

A l’occasion du sommet de l’OTAN des  11 et 12 juillet, les médias et la classe politique européenne se focalisent presque exclusivement sur les petites phrases de Donald Trump, afin de déceler son degré de loyauté vis à vis de l’Alliance atlantique.

Pourtant, des enjeux bien plus concrets et décisifs pour la sécurité européenne devraient retenir toute  leur attention.

La menace nucléaire iranienne avait  constitué la justification principale pour le projet de bouclier antimissile de l’OTAN, dont l’installation a été poursuivie de manière continue jusqu’à aujourd’hui. Depuis le retrait des Etats-Unis, le 8 mai dernier, à l’initiative de Donald Trump,  de l’accord sur le nucléaire iranien qui avait été signé en 2015, les Européens devraient se poser la question sur le rôle futur de ce bouclier anti-missile et ses répercussions sur leur sécurité. Ce dispositif rencontre l’opposition de la Russie qui affirme qu’il est dirigé en réalité contre elle et menace l’équilibre nucléaire stratégique    

La carte insérée dans cet article montre la localisation des infrastructures existantes et pressenties du bouclier. La ceinture marron fait apparaître les bases américaines et les éléments du bouclier comme un ensemble spatial continu, ainsi que les flèches bleues qui créent un mouvement depuis une « tête » états-unienne vers ses alliés, représentent la perception d’encerclement des Russes et des Chinois (bien que l’objectif affiché du bouclier soit de se protéger contre les missiles de l’Iran et de la Corée du Nord).

La question du bouclier antimissile, si le projet est renforcé,  pourrait donc faire à nouveau du territoire européen, un terrain d’affrontement entre les Russes et les Américains avec la perspective de renforcement d’une nouvelle guerre froide. Le territoire européen redeviendrait un enjeu entre les États-Unis et la Russie par la poursuite du déploiement du bouclier antimissile sans accord négocié entre les deux pays.

Les Allemands et les Français, qui étaient initialement méfiants de ce projet, mais qui ont finalement soutenu son incorporation à l’OTAN, sous pression des Etats-Unis, gagneraient à aborder à nouveau cette question majeure dans l’intérêt de la sécurité européenne. L’enjeu  est d’abord celui de leur propre souveraineté, car il est évident que ni l’un ni l’autre n’auront le doigt sur le bouton pour décider de la mise à feu éventuelle des missiles-antimissiles. L’autre enjeu est celui de la paix en Europe, car le bouclier antimissile, en raison des désaccords entre Russes et Américains,  augmente le risque de guerre nucléaire en Europe. Au lieu de spéculer sur les petites phrase de Donald Trump, les Européens feraient mieux de lui demander de clarifier sa position sur le rôle du bouclier anti-missile dans la sécurité européenne afin d’obtenir des garanties tangibles.

Dr Pierre-Emmanuel Thomann – géopolitologue- président Eurocontinent

Image: dessin /illustration de Dr Pierre-Emmanuel Thomann

NATO map

 

 

L’OTAN et futur de la sécurité

L’Otan s’attend à une hausse des dépenses de défense des pays alliés européens et canadien de 3,8% pour l’année 2018, a fait savoir jeudi (7/06/2017) le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, au terme de la première journée de rencontre des ministres de la Défense de l’Alliance. « Au cours des quatre dernières années, les alliés européens et du Canada ont augmenté leurs dépenses de défense à hauteur de 87 milliards de dollars », selon les premières estimations révélées par le chef de l’Otan.

Le ministre américain de la Défense Jim Mattis, arrivé mercredi soir à Bruxelles, va tenter de rassurer les alliés: « Les guerres commerciales ont un effet sur les relations sécuritaires », a-t-il reconnu dans l’avion le conduisant à Bruxelles.

« Mais à l’heure actuelle, ce n’est pas ce que je constate et je pense qu’il est encore prématuré d’appeler ça une guerre commerciale parce que (…) les choses vont évoluer », a-t-il prédit.

Skripal: La substance BZ a été découverte

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a trafiqué les résultats de son enquête sur l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal pour accuser la Russie, a affirmé samedi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Selon Sergueï Lavrov, qui a indiqué que la Russie a reçu ces informations de manière confidentielle, le laboratoire suisse de Spiez, spécialisé dans les menaces chimiques, a envoyé à l’OIAC les résultats de son analyse à partir d’échantillons prélevés à Salisbury, où Sergueï Skripal et sa fille Ioulia ont été empoisonnés.

« La substance BZ a été découverte dans tous les échantillons. Le BZ est un agent neurotoxique (…), cette substance était en service en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et dans d’autres pays de l’Otan. Elle n’a jamais été utilisée en URSS et en Russie », a-t-il ajouté.

« Le BZ n’est pas mentionné dans le rapport de l’OIAC. Nous nous demandons pourquoi cette information, qui reflète les conclusions des spécialistes du laboratoire de Spiez, a été omise dans ce document », a poursuivi le chef de la diplomatie russe.

« Et si l’OIAC réfute sa collaboration avec le laboratoire de Spiez, il sera intéressant d’écouter leurs explications », a encore déclaré M. Lavrov.

La reprise d’un dialogue stratégique incluant

Dr. Pierre-Emmanuel Thomann

Comme on pouvait le craindre, le retrait unilatéral des États-Unis du traité sur les missiles antibalistiques (ABM) en 2002 et la poursuite inexorable du projet de bouclier anti-missile américain qui s’étend au territoire européen dans le cadre de l’OTAN a sérieusement déstabilisé le système de sécurité international. Il a provoqué la réaction de la Russie et cette évolution négative met le territoire européen en première ligne de la nouvelle confrontation entre les États-Unis et la Russie.

En effet, le discours du président Vladimir Poutine devant l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie le 1er mars 2018 a annoncé que la Russie possédait une palette d’armes de nouvelle génération pour faire face au bouclier anti-missile américain. Le système anti-missile américain a été renforcé par l’ouverture de nouvelles bases en Europe près des frontières de la Russie en Roumanie et en Pologne et forme une ceinture de bases militaires et de plates-formes pour le bouclier en Alaska et en Californie sur le territoire américain et au Japon et en Corée du Sud en Asie, donc tout autour du continent eurasien.

Map

I. Dr. Pierre-Emmanuel Thomann: Le bouclier anti-missile et les risques.

Cette réplique est non seulement adressée à la poursuite du bouclier anti-missile, mais aussi destinée à rétablir l’équilibre stratégique après la relance de la course aux armements nucléaires par les États-Unis, confirmée par la dernière revue nucléaire stratégique (NPR) de  février 2018. Ce document annonce une augmentation des dépense de plus de 611 milliard de dollars, c’est à dire les dépenses les plus fortes dans le monde et plus que tous les 8 grands pays suivants. Il annonce aussi le développement d’armes nucléaires plus flexibles, risquant d’abaisser le seuil d’utilisation nucléaire. Elle fait aussi suite aux discussions aux États-Unis d’un éventuel retrait du traité INF (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) qu’ils accusent la Russie d’avoir enfreint.      

Le contexte est aussi celui d’une désignation de la Russie et la Chine comme adversaires en 2018 par les États-Unis dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale de décembre 2017 (NSS). Il fait suite à un élargissement continu de l’OTAN après la fin de la Guerre Froide, pendant presque deux décennies, jusque sur le territoire de l’ex-Union soviétique et toujours plus proche du territoire de la Russie. La Russie par contre ne possède pas de bases proches du territoire américain. Le système de défense américain déborde largement sur le territoire européen et eurasien tandis que la Russie ne défend que son propre territoire, d’où le renforcement de la perception d’encerclement.                

Les nouveaux armements russes sont de nature diverse.

Le ministère de la défense et les industries de défense russes ont développé un nouveau système de missile lourd intercontinental, nommé Sarmat, qui le rend difficile à intercepter par un système de défense anti-missile. Equipé de têtes nucléaires puissantes y compris hypersoniques, ses capacités énergétiques importantes peuvent frapper des cibles partout  en passant par les pôles Nord et Sud.

Un nouveau missile à ogive nucléaire nommé X-101, furtif, voyageant à basse altitude et à trajectoire aléatoire,  a aussi été conçu pour rendre inopérant le bouclier antimissile.

La Russie a de plus développé un modèle de submersible sous-marin sans pilote, capable de se déplacer en grande profondeur, avec des ogives nucléaires ou conventionnelles. C’est un nouveau type d’arme stratégique sous-marin.

Enfin, un système de missile supersonique, avec des ogives nucléaires ou conventionnelles,  10 fois plus rapide que le son, le Kinzal, permettrait de passer outre tous les systèmes antimissiles et antiaériens  à une portée de plus de 2000 km. Le président russe a aussi insisté sur leur crédibilité.

Cette escalade nucléaire fait encourir le plus grand risque pour les nations européennes dont le territoire redevient un enjeu dans la rivalité entre les États-Unis et la Russie dans l’éventualité d’une guerre nucléaire. La sécurité des Européens devient de plus en plus tributaire des manœuvres américaines et russes sans avoir un seul mot à dire à propos de leurs intérêts, non seulement vis à vis des décisions russes mais aussi de celles prises par les États-Unis qui sont les seuls décideurs ultimes de l’emploi de l’arme nucléaire au sein de l’OTAN. La  France et le Royaume-Uni possèdent leurs propres armes, mais sans commune mesure avec les arsenaux russe et américain. Il devient urgent pour les Européens de proposer l’amorce d’un dialogue sur la sécurité européenne et globale, afin d’enrayer l’escalade de cette nouvelle course aux armements nucléaires. Il pourraient enfin envisager un nouveau système de sécurité européen, avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils aient perdu toute maîtrise de leur destin. Cette initiative serait d’autant plus bienvenue que les Russes ont depuis toujours annoncé vouloir établir un dialogue afin de restaurer la confiance, afin de ne plus recourir à l’escalade.

Dr. Pierre-Emmanuel Thomann, géopolitologue, président d’Eurocontinent   

Map II

II. Dr. Pierre-Emmanuel Thomann: Le bouclier anti-missile et les risques.

 

 

         

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