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PYD: Désaccord avec la Turquie

Emmanuel Macron a déclaré le quatre décembre qu’il ne voyait pas de consensus possible avec Ankara sur la définition du terrorisme, excluant une nouvelle fois de classer comme groupe terroriste les combattants kurdes du YPG, alliés de la coalition internationale de lutte contre l’Etat islamique (Daech) en Syrie. 

https://twitter.com/emmanuelmacron/status/1202236344124104704?s=21

Sur la définition du terrorisme, je ne vois pas de consensus possible” avec la Turquie, a indiqué le président lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet du 70e anniversaire de l’Otan traversé par des dissensions entre pays alliés. 

https://twitter.com/emmanuelmacron/status/1202236344124104704?s=21

Nous agréons collectivement que nous sommes en désaccord sur ce point”, a-t-il ajouté au lendemain d’une rencontre quadripartite (France, Turquie, Allemagne et Royaume-Uni) à Londres. “La Turquie a réaffirmé clairement son engagement dans la lutte contre Daech, par contre il est clair que nous ne sommes pas d’accord pour classer comme groupe terroriste” les unités de protection du peuple (YPG) et leur bras politique, le PYD. 

Nous combattons le PKK et tous ceux qui mènent ces activités terroristes contre la Turquie mais nous ne faisons pas ce raccourci ou cette agrégation que la Turquie souhaite entre ces différents groupes politiques et/ou militaires, là il y a un désaccord et il n’est pas levé”, a-t-il ajouté.

Sommet de Londres – l’OTAN 70 ans

En dépit de leurs désaccords persistants, les dirigeants des pays membres de l’Otan ont adopté lors d’un sommet à Londres, une déclaration commune dans laquelle ils réaffirment leur “solidarité, unité et cohésion” et ouvrent la voie à une réflexion sur la stratégie de l’organisation, réclamée par certains de ses membres.

https://twitter.com/reuters/status/1202292735283257345?s=21

La solidarité, l’unité et la cohésion sont des principes fondamentaux de notre Alliance”, peut-on lire dans cette déclaration à l’issue du sommet de Watford, dans la banlieue de la capitale britannique, à l’occasion des 70 ans de l’Otan. 

https://twitter.com/jensstoltenberg/status/1201820085062688768?s=21

“Alors que nous oeuvrons ensemble à prévenir les conflits et à préserver la paix, l’Otan reste le fondement de notre défense collective et le forum essentiel pour les consultations et la prise de décision en matière de sécurité entre Alliés”, ajoutent les dirigeants des 29 Etats membres.

Au-delà des critiques du président américain qui l’a par le passé qualifiée d’”obsolète”, l’alliance est depuis quelques mois devenue la caisse de résonance des dissensions entre alliés, dont certains ont déploré l’absence de concertation au moment de l’offensive turque dans le Nord-Est syrien début octobre. 

Macron a reçu Stoltenberg à l’Elysée

Emmanuel Macron a reçu le 28 novembre à l’Elysée le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, trois semaines après ses propos sur la “mort cérébrale” de l’Alliance. Un entretien qu’il a dit “assumer totalement” lors d’une conférence de presse au côté de Jens Stoltenberg : “Il fallait peut-être un ‘wake-up call’, il a été donné, je m’en félicite.”

En bousculant l’Alliance, qui se réunit le 3 et 4 décembre à Londres pour le sommet de ses 70 ans, le président français entend nourrir un débat sur ses orientations stratégiques. La lutte antiterroriste au Sahel se mesure à cette aune selon
lui.

Pour Emmanuel Macron, l’avenir de l’Otan impose une “clarification sur notre ennemi commun. Le terrorisme qui a frappé chacun de nos pays : c’est contre les groupes terroristes que les militaires français se battent au Sahel.”

“L’engagement de la France au Sahel”, a-t-il souligné, “se fait au service de notre sécurité collective : c’est cela agir pour la sécurité de ses alliés, être à la hauteur de ses responsabilités militaires et opérationnelles”.

“Proclamer son attachement à la sécurité collective ne suffit pas, il se démontre. Une véritable Alliance, ce sont des actes, ce sont des décisions, pas des mots”, a-t-il souligné.

Dans une vive réplique aux Etats-Unis, notamment, qui réclament un meilleur “partage du fardeau” financier au sein de l’Otan, Emmanuel Macron a invité ses détracteurs à assister lundi à l’hommage national en l’honneur des 13 militaires, aux Invalides à Paris.

Si certains veulent voir ce qu’ils appellent le ‘cost-sharing’, ils peuvent venir le 2 décembre aux cérémonies que la France organisera, ils en verront le prix”, a-t-il asséné.

L’OTAN: la morte vivante

A un mois du sommet des 70 ans de l’Otan, les propos de Président Macron sur une Alliance atlantique en état de “mort cérébrale” provoquent une onde de choc et relancent la polémique sur la raison d’être de l’organisation, déjà sous le coup des critiques répétées à partir de la guerre en Afghanistan. (Image: archive)

https://twitter.com/sputnik_fr/status/1193019632271155200?s=21

Depuis sa diffusion l’interview de Emmanuel Macron dans The Economist n’en finit plus de susciter des remous, de Berlin – où la chancelière Angela Merkel a pris ses distances avec un jugement “radical” – à Moscou où le ministère des Affaires étrangères a salué des “paroles sincères”. 

Le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg a pour sa part assuré que l’Alliance était “forte”, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a insisté sur son “rôle extrêmement important” et le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a estimé que l’Otan restait “historiquement un des partenariats stratégiques les plus importants”. 

https://twitter.com/lemondefr/status/1192449321813336065?s=21

Les déclarations du Président – notamment sur le devenir de l’article 5 de l’Alliance atlantique, pierre angulaire du traité qui prévoit une solidarité automatique en cas d’agression contre un des Etats membres – laissent présager de vifs débats à Londres les 3 et 4 décembre entre les pays membres.

https://twitter.com/lucdebarochez/status/1192520148294545409?s=21

La position française est toutefois loin d’être une surprise. Le chef d État avait déjà donné le ton à l’issue du dernier Conseil européen à Bruxelles le 18 octobre, fustigeant “la faute lourde” de l’Otan et émettant des doutes sur la stratégie de l’alliance face aux crises contemporaines après l’offensive turque en Syrie. 

https://twitter.com/afpfr/status/1192391745088237568?s=21

“L’Otan en tant que système ne régule pas ses membres”, Macron a dit à ‘The Economist’. “C’est quoi, l’article 5 demain ? C’est-à-dire que si le régime de Bachar al Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager, c’est une vraie question”. 

“Il faut clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques que l’on veut poursuivre au sein de l’Otan”, ajoute-t-il.

Nouvelle course aux armements

Pierre-Emmanuel Thomann, géopolitologue OPINION Les États-Unis, moins d’un mois après leur sortie effective le 2 août du traité INF sur les missiles à portée intermédiaire signé en 1987 (500 à 5.500 km), ont tiré un missile de portée intermédiaire au large de la Californie le 19 août pour tester cette nouvelle arme auparavant interdite par le traité. Ce nouveau missile conventionnel est susceptible de porter aussi une tête nucléaire. La Russie s’est aussi immédiatement définitivement retirée du traité INF en réaction de la décision des États-Unis.

Ce tir de missile révèle la réalité suivante: Pour être déjà en mesure de lancer un nouveau missile, un mois après la sortie du traité, des recherches avaient donc été entreprises par les États-Unis sur le développement d’un nouveau missile intermédiaire, alors que ce type de missile était encore interdit. Il est stupéfiant qu’aucun européen membre de l’UE ou de l’OTAN n’ai relevé cet aspect. Cet évènement renforce la thèse de ceux qui accusent les États-Unis d’avoir utilisé le prétexte d’un soi-disant non respect du traité INF de la part des Russes pour développer leur propre missile. De plus, en sortant du traité unilatéralement, les États-Unis perdent un moyen de pression vis à vis de la Russie. La Chine qui n’a signé aucun traité en la matière est aussi la cible des États-Unis qui cherchent à maintenir leur suprématie stratégique en Eurasie, de Lisbonne à Pékin. La Chine refuse jusqu’à présent d’engager des négociations sur un nouveau traité plus large promu par les États-Unis qui pratiquent l’escalade comme moyen de pression.

En tant que puissance maritime inégalée dans le monde, le États-Unis sont pourtant déjà capables de tirer des missiles de moyenne portée sur les territoires Russe et Chinois à partir de l’espace maritime, alors que la Russie et la Chine, avant tout des puissances continentales ayant pour priorité la sécurité de leur environnement terrestre, ont jusqu’à présent développé moins de capacité maritimes. Comme les capacités maritimes (missiles embarqués à bord des navires de surface, des sous-marins ou des aéronefs) n’ont jamais été intégrés dans le traité INF qui porte sur les missiles sol-sol et sol air, une asymétrie a toujours existé en faveur des États-Unis.
Il faut aussi souligner que les environnements de sécurité des États-Unis et de la Russie ne sont pas comparables. La question de la position géographique des territoires des États-Unis et de la Russie est un élément central pour comprendre que l’on ne peut pas simplement raisonner en termes d’équivalence des armements. La Russie est entourée dans son environnement géographique proche de nombreux États dotés de capacité balistiques accrues.
Le territoire de la Russie est donc situé dans un environnement stratégique difficile au contact de puissances nucléaires comme la Chine et des zones de rivalités géopolitiques comme la Caucase, l’Asie centrale, l’Extrême Orient, tandis que les États-Unis ont pour voisins le Canada et le Mexique. La production par les États-Unis de nouveaux missiles en réponse au nom respect supposé des accords par les Russes et les déploiement de missiles chinois n’apporte ni un gain de sécurité aux États-Unis, entourés des Océans Pacifique et Atlantique, et n’a pas d’effet de dissuasion, ni sur la Russie, ni sur la Chine non plus qui doivent se positionner face à d’autres menaces provenant du continent eurasien. Cette décision fournit même une incitation de la part des Russes et des Chinois pour renforcer leur propre arsenal.
Après s’être retirés unilatéralement du Traité ABM en 2002, du traité INF en 2019, les États-Unis, ont aussi souligné que le renouvellement 2021 d’un traité de réduction des armes nucléaires, Start II (traité de réduction des armes stratégiques signé en 2012) ne serait pas automatiquement reconduit.

La Russie avait proposé avant le retrait américain un « moratoire sur le déploiement d’armes de portée intermédiaire », rejeté par l’OTAN. L’OTAN a pourtant affirmé ne pas vouloir se lancer dans une course aux armements et refuse jusqu’à présent la perspective d’installer de nouveau missiles sur le territoire européen.

Toutefois, cette posture étant par nature précaire face au risque d’escalade entre les États-Unis, la Russie et la Chine qui ferait des Européens les grands perdants d’une nouvelle course aux armements, l’idée d’une nouvelle architecture européenne de sécurité de Lisbonne à Vladivostok devient encore plus pertinente. En effet, seule une négociation d’envergure continentale incluant la Russie est susceptible de rétablir la confiance et maîtriser cette nouvelle course aux armements sur les missiles à portée intermédiaire qui n’a pas de sens pour les intérêts géopolitiques des nations européennes.

 

Von der Leyen: bilan géopolitique de la nomination

PierreEmmanuel Thomann  OPINION L’ancienne ministre de la défense de la république fédérale d‘Allemagne, Ursula Von der Leyen, a été choisie pour devenir la nouvelle présidente de la Commission européenne, avec une très courte majorité et après des tractions difficiles. Quel bilan géopolitique peut-on tirer de cet épisode ? 

La première observation est le constat que le couple franco-allemand reste l’axe de pouvoir central de l’Union européenne puisque la nomination de la présidence de la Commission et des autres postes de l‘UE, résulte avant tout d’un compromis franco-allemand. Le deuxième enseignement est que la rivalité géopolitique franco-allemande, c’est à dire la rivalité pour le pouvoir en Europe et les finalités du projet européen avec les tensions qui en résultent, reste au cœur du projet européen et l’axe de ses équilibres géopolitiques. 

Enfin, au delà de l’image d’une relation franco-allemande  équilibrée que la mise en représentation du couple franco-allemand cherche à diffuser, un déséquilibre géopolitique au profit de l’Allemagne s’est installé dans la durée depuis l’unification allemande et l’élargissement de l’UE à l’Est qui a positionné l’Allemagne comme la puissance centrale et économique de l’Union européenne.

 Les gouvernements français successifs ont cherché à rééquilibrer la relation et  le président Emmanuel Macron n’y fait pas exception, y compris lors des négociations pour la présidence de la Commission. Le système du Spitzenkandidat inspiré du fédéralisme allemand et qui donne plus de pouvoir à l’Allemagne  a été sabordé par le président français en s’opposant à la nomination de l‘Allemand Manfred Weber pour éviter sa cristallisation dans la durée. Toutefois le compromis a finalement aboutit à offrir la présidence à une allemande, Ursula Von der Leyen qui permet de donner une image de fermeté à la France, mais le déséquilibre en terme de pouvoir reste favorable à l’Allemagne. Il faut rappeler que l’Allemagne occupe la position centrale au milieu de l’UE depuis l’élargissement de l’UE à l’Est et que l‘Allemagne contribue pour la plus grosse part au budget de l’UE, et les députés européens allemands forment la délégation nationale la plus nombreuse  dans l’UE.  

Si l’on examine les déclarations de la nouvelle Présidente de la Commission européenne lors de la défense de sa candidature au Parlement européen ou à la presse quand elle était encore ministre de la défense en Allemagne, sa vision européenne est très atlantiste et reste en continuité avec la vision géopolitique de l’Allemagne qui considère que l’Union européenne est un sous-ensemble de l’espace euro-atlantique, avec une relation très étroite avec les Etats-Unis.

Si l’on se remémore les propositions de réformes européennes du président Emmanuel Macron, notamment  le discours de la Sorbonne, il n’en reste pas grand chose. Lors de sa candidature, le nouvelle présidente n’a ni mentionné l’objectif d’autonomie stratégique de l’UE, puisque l‘OTAN reste le pilier de la défense de l’Europe, ni la réforme ambitieuse de la zone euro telle que le président Français se l’imaginait. Ursula Von der Leyen s’est par contre  prononcée en faveur de la majorité qualifiée pour les questions de politique étrangère à l‘UE, mais cela restera une posture utopiste et incantatoire qui entre aussi en contradiction avec la position de la France et de nombreux Etats -membres sur cette question.

Si les questions de défense resteront l’un des axes prioritaires, la complémentarité avec l‘OTAN sera préservée, et donc l’autonomie stratégique de l’UE, qui signifie indépendance pour les Français, n’aboutira pas. La nouvelle présidente va aussi vraisemblablement avoir pour priorité d’endiguer les fractures, notamment Est-Ouest pour maintenir la cohésion de l’UE. Cette approche  contredit la vision française d’une UE renforcée autour de la zone euro pour donner plus de poids à la France face à une UE plus lâche et dont l’Allemagne reste le centre de gravité géopolitique.   

 Elue avec une très courte majorité en raison de la fragmentation politique du parlement européen reflétant celle de l’évolution politique dans les Etats-membres, la présidence de la  Commission a d’emblée un problème de légitimité      

et son programme pourra difficilement aller au delà d’un consensus mou sur des  grandes orientions volontairement floues.

Si l’on examine la question des rivalités institutionnelles, le Conseil européen, et donc les Etats  reste central puisque le système du Spitzenkandidat promu par le Parlement européen a été contourné. On verra si le pouvoir de l’UE qui s’est accru jusqu’à récemment vis à vis des Etats lors de ce cycle d’intégration européenne, pourra se maintenir avec les personnalités nommées qui sont en faveur de plus d’intégration, alors que nous sommes entrés dans un nouveau cycle géopolitique de fragmentation au sein de l’UE, notamment avec le Brexit, mais aussi les fractures Est-Ouest et Nord-Sud. Si l‘Allemagne qui a obtenu la présidence de la Commission européenne et la France, la présidence de la BCE sont les principaux bénéficiaires de cette négociation des postes clés de l’UE, les pays d’Europe centrale ont joué un rôle de blocage en s’opposant au  néerlandais et Spitzenkandidat des socialistes européens Frans Timmermans. Les pays dits de Visegrad (V4) Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie, lorsqu’ils sont unis peuvent exercer un pouvoir difficilement contournable.       

On peut pourtant s’attendre à une présidence faible et un programme basé sur les mêmes recettes issues des paradigmes obsolètes de l’UE qui ont aboutit à des crise multiples. Si elles sont maintenues, les mêmes politiques  libérales et leur arsenal normatif vont produire les mêmes effets. On ne se dirige donc pas vers une réforme fondamentale de l’UE en fragmentation pour s’adapter à la nouvelle donne géopolitique européenne et mondiale. Ce sont donc les crise internes et externes qui seront l’aiguillon du changement, en l’absence d’une vision stratégique et géopolitique claire du projet européen.  

Le paquet de nominations négocié au Conseil européen, la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, le président du Conseil européen, Louis Michel, le  haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Joseph Borell, et la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde souligne une grande continuité au delà des appartenances partisanes. Ces personnalités sont en effet toutes en faveur d’une  UE basée sur le concept de société ouverte et le libre-échange, des frontières relativisées, l’adhésion à la doctrine multilatéraliste, la poursuite de l’immigration malgré une communication visant à rassurer l’opinion publique des frontières, et une Europe atlantiste avec une relation étroite avec les Etats -Unis en rivalité avec la Russie et la Chine.  La vision générale est plus proche de la vison germano-américaine du projet européen que de la vision classique française base sur l’équilibre des puissances, l’Etat fort et la souveraineté, il est vrai affaiblie par les présidents français successifs qu’ils ne l’ont plus réellement défendue, mis à part au niveau déclaratoire.      

Ces nominations ont en réalité pour objectif de défendre le modèle de  démocratie libérale et multiculturaliste et non pas une Europe comme puissance géopolitique et alliance de  nations enracinées comportant des éléments partagés de civilisation. C’est donc une Union européenne qui resté coincée sur les paradigmes libéraux et intégrationnistes du siècle dernier, en contradiction avec le demande croissante des citoyens pour une Europe des nations préservant la souveraineté des Etats, plus de frontières, moins d’immigration, et moins de libéralisme économique. 

Le programme de la commission est assez peu ambitieux  et la mise en avant de la question du climat permet de rester assez vague. Même si cela paie en termes politique vis à vis de citoyens de se présenter comme un défenseur  du climat, cela aboutit aussi à des objectifs incantatoires et utopistes et favorise donc l’irresponsabilité politique  

En ce qui concerne la France, la président  Emmanuel Macron soutient comme l’Allemagne cette vision libérale et atlantiste de l’Europe, mais selon une moindre intensité. Il ne pratique cependant pas la politique  d’équilibre comme le général de Gaulle savait le faire pur rééquilibrer la situation. Cette posture entre donc en contradiction avec la vision gaullienne de l’Europe des nations qui se renforce pourtant inéluctablement au sein de l’opinion publique française face à la mondialisation ultralibérale et ses effets destructeurs. 

Les tensions au sein de l’Union européenne et au sein de l’axe franco-allemand  vont donc se poursuivre, puisque la rivalité géopolitique au sein du couple franco-allemand  aboutit à des compromis précaires et inachevés. Il ont surtout pour objectif de tenter d’endiguer et repousser dans le temps les crises qui s’empilent sans jamais être définitivement résolues. Cette rivalité géopolitique franco-allemande constitue donc un obstacle à une orientation commune et  définitive à propos des finalités européennes. Celles -ci sont un enjeu de pouvoir qui sont de moins en moins partagées entre Etats-membres.  

Le projet européen reste un enjeu géopolitique de pouvoir entre ses Etats-membres, et en particulier la France et l’Allemagne qui oscillent entre rivalité et compromis temporaire. 

 

 

Fissure géoéconomique entre États-Unis et l’UE

Pierre-Emmanuel Thomann OPINION Le retrait unilatéral des accords commerciaux multilatéraux pour maintenir la primauté géoéconomique américaine selon la nouvelle doctrine « America First » du président américain Donald Trump inquiète les adeptes du multilatéralisme. Cet abandon du  multilatéralisme  dénoncé par les Européens est toutefois à relativiser car les institutions multilatérales ont toujours masqué un rapport de forces plus favorable aux États-Unis avant l’émergence du monde multicentré. Ce tropisme s’exprime aujourd’hui de manière plus explicite et au travers de la recherche d’accords bilatéraux.  

 Ce qui est en revanche nouveau, c’est que le président américain désigne les Européens explicitement comme des adversaires dans le domaine économique.

Les États-Unis considèrent que leurs lois nationales sont au dessus des règles internationales, et pratiquent donc de plus en plus l’extraterritorialité en  sanctionnant ou menaçant de le faire les entreprises européennes  qui ont des liens commerciaux avec l’Iran, la Russie, ou la Chine. Les États-Unis pratiquent  aussi des pressions de manière explicites en liant sécurité et commerce à l’OTAN afin d’accroitre les exportations d’armements et les exportations américaines de gaz de schiste.

 Les Européens avaient rêvé pendant longtemps d’un partenariat euro-atlantique équilibré mais  avec Donald Trump et sa ligne directrice «America First», ce partenariat devient de plus en plus asymétrique et hiérarchique au détriment de l’Union européenne. L’Amérique de Trump semble favoriser une forme de multipolarité, mais sans l’Union européenne. Le maintien d’un scénario exclusif euro-atlantiste par inertie permet en réalité pour les gouvernements européens d’éviter les responsabilités. C’est la pente la plus facile, mais elle est lourde de conséquences pour l’avenir, notamment la marginalisation des Européens dans le jeu mondial et leur dérive vers le  statut de variable d’ajustement des autres puissances. Les États membres de l’Union européenne sont devenus de plus en plus dépendants des États-Unis qui restent leur arsenal militaire principal,  mais aussi vulnérables aux législations extraterritoriales, sous contrôle du cyberespace dominé par Google, Apple, Facebook et Amazon (les GAFA), tributaires des liens financiers et commerciaux transatlantiques, sous domination de la culture de masse et des idées avec les think tanks euro-atlantistes hégémoniques. Le lien fort avec les États-Unis, qui a été jusqu’à présent au cœur de la mondialisation et de ces flux géopolitiques, a progressivement affaibli l’héritage westphalien des nations européennes suite à leur adhésion à l’idéologie de la société ouverte et multiculturaliste.

 Il serait temps pour les  États membres de l’Union européenne de mieux protéger leurs intérêts géoéconomiques en tirant profit du monde multipolaire, en élargissant leurs alliances dans le monde avec des partenaires plus prévisibles, et en rapatriant aussi leurs usines sur le sol européen et en réhabilitant les frontières, instruments de souveraineté, notamment en s’inspirant des politiques de Donald Trump.    

 

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