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Ukraine et Moldavie: les candidates à l’UE

Bruxelles 23.06.2022 Les dirigeants des Vingt-Sept ont reconnu jeudi à l’Ukraine et à la Moldavie le statut de candidat à l’Union européenne, a annoncé le président du Conseil européen Charles Michel, évoquant un «moment historique», en pleine offensive russe. Cette décision aussitôt saluée par Kiev, prise lors d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE à Bruxelles, marque le début d’un processus long et complexe en vue d’une adhésion.

Il s’agit d’un « signal très fort vis-à-vis de la Russie », a estimé le président français, Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse à Bruxelles, où se tient un sommet européen.

Le président français, dont le pays assure pour une semaine encore la présidence semestrielle du Conseil de l’UE, a salué «un geste politique» de «l’Europe forte et unie». «Tout cela, nous le devons au peuple ukrainien qui se bat pour défendre nos valeurs, leur souveraineté, leur intégrité territoriale, nous le devons aussi à la Moldavie, compte tenu de sa situation politique, des déstabilisations qu’elle subit et de la générosité dont elle a su faire preuve», a poursuivi Emmanuel Macron.

La présidente de la Commission européenne s’est également félicitée sur Twitter d’«un moment majeur, d’un très bon jour pour l’Europe». Cette décision «nous renforce tous», «elle renforce l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie face à l’agression russe», a-t-elle jugé.

Dans son rapport de 2021, l’organisme Transparency International a en effet classé l’Ukraine au 122e rang mondial, sur 180, en matière de corruption. Sur le continent européen, le pays aujourd’hui en guerre se classait, avant le conflit, au troisième rang parmi les plus corrompus, juste après la Russie, en tête, et l’Azerbaïdjan.

Partenariat oriental de l’UE: une réforme nécessaire

Dr Pierre-Emmanuel Thomann – OPINION. L’année 2019 est l’année du dixième anniversaire du Partenariat oriental. Le Partenariat oriental a été lancé en 2009 pour favoriser l’association politique et l’intégration économique entre l’UE et les six pays partenaires d’Europe orientale: l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, la Géorgie, la République de Moldavie, Géorgie  et l’Ukraine.

L’Union européenne risque pourtant la surextension en pratiquant la fuite en avant dans son voisinage oriental, mais sans les moyens  lui permettant de peser réellement sur le cours des crises.

Il faut se rappeler les origines géopolitiques du partenariat oriental. En 2009, les États qui ont  poussé à la création de ce partenariat oriental, la Pologne et la Suède avaient deux objectifs :

  • d’une part ils cherchaient à réorienter l’UE vers le versant oriental, afin de contrer le projet d’Union méditerranéenne qui avait été initié par le France dès 2008
  • d’autre part, il s’agissait d’établir une zone tampon vis à vis de la Russie, et préparer les pays du partenariat oriental pour un rapprochement avec  l’UE et l’OTAN.

L’objectif géopolitique implicite, hier comme aujourd’hui, est donc de préparer les pays du partenariat oriental à une nouvelle vague d’élargissement de l’UE et l’OTAN, même si ce n’est pas présenté ainsi de manière explicite. Cet objectif est masqué par les ambiguïtés de l’UE, mais reçoit un soutien explicite de la Pologne, des pays baltes, mais aussi des pays du partenariat oriental eux-mêmes, ainsi qu’un appui politique de l’administration américaine aux élargissements de l’UE.

Cela montre que cette option reste sur la table pour le plus long terme, et va revenir à l’agenda européen dans un moment plus propice afin de passer outre les réticence des États membres, comme la France, pour l’instant opposés à ce scénario.                  

Le scénario euro-atlantique d’une poursuite de l’intrusion de l’Union européenne dans l’espace de l’ex-URSS serait contre-productif : elle mènerait à des frictions supplémentaires avec la Russie et deviendrait un obstacle au principe d’économie des moyens.

En Ukraine comme en  Moldavie, Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie, en s’engageant toujours plus au delà de ses frontières, dans les pays de l’ex-URSS, l’Union européenne prend le risque de se trouver impliquée dans  les discontinuités géopolitiques issues des frontières géo-historiques qui jalonnent le continent eurasien : elle affaiblit la cohérence et l’identité de l’Union européenne et augmente les risques de fractures internes en raison des clivages que cela induit au sein de l’Union européenne, elle-même en crise.

La poursuite du déplacement du centre de gravité géopolitique de l’UE vers l’Est va relancer la rivalité géopolitique franco-allemande sur les priorités géopolitiques de l’UE qui  persiste depuis les élargissements successifs de l’UE promus par l‘Allemagne après sa réunification.

Le choix pour l’Union européenne de se projeter sans limites vers l’extérieur, afin de faire progresser sans cesse son idéologie normative et occidentaliser sa proximité géographique, sans d’abord se réformer de manière réaliste et consolider un projet européen aujourd’hui en crise, est une fuite en avant qui  ne permet pas de résoudre la crise des fondements de l’Union européenne.

Il est illusoire de croire que les conflits gelés en Moldavie (Trandsnitrie) en Géorgie (Abkhazie et Ossétie du Sud), en Azerbaïdjan (enclave arménienne du Haut Karabakh) mais aussi les conflit dans le Donbass en Ukraine, puissent être résolus au cas par cas, notamment par le biais de la coopération au sein du partenariat oriental. C’est un accord continental entre  une UE réformée et la Russie qui pourrait déboucher sur une voie plus favorable à la résolution des conflits locaux et régionaux, notamment avec la négociation d’une nouvelle architecture européenne de sécurité.

Par réalisme gépolitique, l’Union européenne devrait aussi se concentrer sur son flanc sud, où se trouve la menace principale à sa sécurité, l’Islam radical et la crise migratoire, qui menace sa propre cohésion interne. Ses moyens graduellement relativisés devant les défis mondiaux l’amèneront sans doute à faire des choix drastiques.

Le partenariat oriental pourrait aussi être reformulé de manière à dissiper les méfiances, non seulement des partenaires extérieurs, mais aussi des États membres de l’UE, en statuant clairement sur la fixation des frontières de l’UE, afin d’éviter toute ambiguïté sur l’élargissement.