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Kabuga: l’un génocidaire présumé

Arrêté le 16 mai à l’aube dans un appartement d’Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), où il se cachait sous une fausse identité et avec un passeport “d’un pays africain”, Félicien Kabuga, 84 ans, était l’un des derniers génocidaires présumés encore en liberté.

Pendant le confinement, beaucoup de procédures ont été suspendues et on a eu le temps de creuser le dossier Kabuga”, raconte le colonel Eric Emeraux.

Une équipe d’enquêteurs internationaux et français a patiemment remonté les numériques, laissées par les enfants de l’homme d’affaires rwandais Félicien Kabuga pour mettre fin aux 25 années de cavale de celui qui est accusé par la justice internationale d’être le principal financier du génocide de 1994.

Une partie du sort judiciaire du fondateur de la radio-télévision des Mille-Collines, dont les diatribes appelèrent sans relâche les miliciens hutus Interahamwe à massacrer 800.000 Tutsis et Hutus modérés, s’est jouée pendant les longues journées de confinement dues au COVID-19, a déclaré le chef de l’Office de lutte contre les crimes contre l’Humanité (OCLCH) de la Gendarmerie nationale.

On s’est rendu compte que les traces des enfants qui protégeaient leur père convergeaient vers Asnières-sur-Seine. On a aussi découvert qu’il y avait un appartement loué par un des enfants à Asnières.”

On a mis en place une surveillance, des écoutes… et une fois qu’on a eu des bonnes raisons de penser qu’il y avait quelqu’un d’autre dans l’appartement, on a décidé d’ouvrir la porte”, poursuit le gendarme. “Mais on n’était pas sûr de ce qu’on allait trouver. Je n’en ai pas dormi la nuit précédente.”

Derrière la porte, enfoncée à l’aide d’un vérin le 16 mai à l’aube, et par laquelle se sont engouffrés 16 policiers d’élite du Peloton d’intervention de la garde républicaine, se trouvait bien l’un des hommes les plus recherchés au monde.

“Ça a été une immense surprise. Ça m’a fait l’effet d’une bombe”, témoigne Alain Gauthier, qui avec son épouse d’origine rwandaise, Dafroza, a consacré sa vie à traquer les génocidaires exilés en France, déposant des plaintes contre 25 d’entre eux, dont Agathe Habyarimana, la veuve du président rwandais tué dans un attentat en 1994.

Tout le monde semblait avoir un peu oublié Kabuga. On avait l’impression qu’on ne le recherchait plus vraiment. On l’avait dit à tellement d’endroits différents”, ajoute-t-il en évoquant un périple qui a mené au fil des ans l’homme d’affaires dans de multiples pays européens et africains.