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Loup – victime d’un préjudice

« En Europe, le loup a toujours évolué à proximité de l’homme, toujours. Et c’est étonnant pour nous, biologistes, de voir que d’un coup les gens sont inquiets de les apercevoir dans un environnement fortement occupé par l’humain.

« À l’époque des Grecs, on parlait déjà de cette proximité. Ce partage d’un territoire occupé tant par l’homme que par le loup a amené à ce conflit qu’on connaît toujours aujourd’hui. Simplement, il avait disparu et son retour suscite des craintes et des questionnements. Dans notre imaginaire, le loup est sanguinaire, il y a plein de fantasmes qui l’entourent. Si jamais un jour, il mord un enfant ou un adulte, ça va être la catastrophe.

« Dans le monde, les chiens tuent des humains chaque année, souvent dans le cercle familial. Comme il est domestiqué, on accepte plus volontiers […] Toutefois, il faut tenir compte de la crainte des gens, les prendre au sérieux. Il faut en parler, donner de l’information. Sinon, ça ne peut qu’attiser les inquiétudes. »

« Partout, on voit des loups qui peuvent s’approcher des maisons parce que c’est là qu’il y a la nourriture. Il n’est pas intéressé par l’homme ou les petits enfants. Mais par les proies qui peuvent être à proximité des humains. Les infrastructures humaines ont toujours fait partie de son paysage. Il ne voit pas forcément la différence avec la nature sauvage. Il y a aussi d’autres explications. En montagne, les troupeaux sont de mieux en mieux protégés et poussent le loup à descendre et s’attaquer des bêtes en basse altitu. L’aire de répartition du loup a aussi augmenté, il peut être amené à coloniser des zones où il y a davantage d’habitations. »

« Sncèrement, le loup n’est pas une espèce dangereuse pour l’homme, l’humain ne risque absolument rien. Mais il faut être clair, on vit sur la planète avec des animaux et un accident peut toujours arriver. Comme pour toutes les bêtes sauvages – bouquetin, cerf, sanglier -, on ne peut pas exclure qu’il puisse y avoir des interactions avec l’humain, des bousculades, des morsures. Notamment parce qu’il a eu peur, ou que l’homme a donné de la nourriture. Rappelons que l’humain représente un danger pour le loup. Un coup de pied dans la mâchoire peut la lui casser. L’Homo sapiens est une espèce très puissante. Si les loups étaient si dangereux et malins que ça, on ne les aurait pas éradiqués aussi facilement, à partir du XVIIIe siècle. Les gens me demandent souvent lors de mes conférences “Que fait-on quand on rencontre un loup ?” C’est tellement rare, il faut commencer par faire une photo. Puis allez jouer à l’Euromillion. »

Jean-Marc Landry est un éthologue suisse. L’éthologie désigne l’étude scientifique du comportement des espèces animales.