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Von der Leyen: bilan géopolitique de la nomination

PierreEmmanuel Thomann  OPINION L’ancienne ministre de la défense de la république fédérale d‘Allemagne, Ursula Von der Leyen, a été choisie pour devenir la nouvelle présidente de la Commission européenne, avec une très courte majorité et après des tractions difficiles. Quel bilan géopolitique peut-on tirer de cet épisode ? 

La première observation est le constat que le couple franco-allemand reste l’axe de pouvoir central de l’Union européenne puisque la nomination de la présidence de la Commission et des autres postes de l‘UE, résulte avant tout d’un compromis franco-allemand. Le deuxième enseignement est que la rivalité géopolitique franco-allemande, c’est à dire la rivalité pour le pouvoir en Europe et les finalités du projet européen avec les tensions qui en résultent, reste au cœur du projet européen et l’axe de ses équilibres géopolitiques. 

Enfin, au delà de l’image d’une relation franco-allemande  équilibrée que la mise en représentation du couple franco-allemand cherche à diffuser, un déséquilibre géopolitique au profit de l’Allemagne s’est installé dans la durée depuis l’unification allemande et l’élargissement de l’UE à l’Est qui a positionné l’Allemagne comme la puissance centrale et économique de l’Union européenne.

 Les gouvernements français successifs ont cherché à rééquilibrer la relation et  le président Emmanuel Macron n’y fait pas exception, y compris lors des négociations pour la présidence de la Commission. Le système du Spitzenkandidat inspiré du fédéralisme allemand et qui donne plus de pouvoir à l’Allemagne  a été sabordé par le président français en s’opposant à la nomination de l‘Allemand Manfred Weber pour éviter sa cristallisation dans la durée. Toutefois le compromis a finalement aboutit à offrir la présidence à une allemande, Ursula Von der Leyen qui permet de donner une image de fermeté à la France, mais le déséquilibre en terme de pouvoir reste favorable à l’Allemagne. Il faut rappeler que l’Allemagne occupe la position centrale au milieu de l’UE depuis l’élargissement de l’UE à l’Est et que l‘Allemagne contribue pour la plus grosse part au budget de l’UE, et les députés européens allemands forment la délégation nationale la plus nombreuse  dans l’UE.  

Si l’on examine les déclarations de la nouvelle Présidente de la Commission européenne lors de la défense de sa candidature au Parlement européen ou à la presse quand elle était encore ministre de la défense en Allemagne, sa vision européenne est très atlantiste et reste en continuité avec la vision géopolitique de l’Allemagne qui considère que l’Union européenne est un sous-ensemble de l’espace euro-atlantique, avec une relation très étroite avec les Etats-Unis.

Si l’on se remémore les propositions de réformes européennes du président Emmanuel Macron, notamment  le discours de la Sorbonne, il n’en reste pas grand chose. Lors de sa candidature, le nouvelle présidente n’a ni mentionné l’objectif d’autonomie stratégique de l’UE, puisque l‘OTAN reste le pilier de la défense de l’Europe, ni la réforme ambitieuse de la zone euro telle que le président Français se l’imaginait. Ursula Von der Leyen s’est par contre  prononcée en faveur de la majorité qualifiée pour les questions de politique étrangère à l‘UE, mais cela restera une posture utopiste et incantatoire qui entre aussi en contradiction avec la position de la France et de nombreux Etats -membres sur cette question.

Si les questions de défense resteront l’un des axes prioritaires, la complémentarité avec l‘OTAN sera préservée, et donc l’autonomie stratégique de l’UE, qui signifie indépendance pour les Français, n’aboutira pas. La nouvelle présidente va aussi vraisemblablement avoir pour priorité d’endiguer les fractures, notamment Est-Ouest pour maintenir la cohésion de l’UE. Cette approche  contredit la vision française d’une UE renforcée autour de la zone euro pour donner plus de poids à la France face à une UE plus lâche et dont l’Allemagne reste le centre de gravité géopolitique.   

 Elue avec une très courte majorité en raison de la fragmentation politique du parlement européen reflétant celle de l’évolution politique dans les Etats-membres, la présidence de la  Commission a d’emblée un problème de légitimité      

et son programme pourra difficilement aller au delà d’un consensus mou sur des  grandes orientions volontairement floues.

Si l’on examine la question des rivalités institutionnelles, le Conseil européen, et donc les Etats  reste central puisque le système du Spitzenkandidat promu par le Parlement européen a été contourné. On verra si le pouvoir de l’UE qui s’est accru jusqu’à récemment vis à vis des Etats lors de ce cycle d’intégration européenne, pourra se maintenir avec les personnalités nommées qui sont en faveur de plus d’intégration, alors que nous sommes entrés dans un nouveau cycle géopolitique de fragmentation au sein de l’UE, notamment avec le Brexit, mais aussi les fractures Est-Ouest et Nord-Sud. Si l‘Allemagne qui a obtenu la présidence de la Commission européenne et la France, la présidence de la BCE sont les principaux bénéficiaires de cette négociation des postes clés de l’UE, les pays d’Europe centrale ont joué un rôle de blocage en s’opposant au  néerlandais et Spitzenkandidat des socialistes européens Frans Timmermans. Les pays dits de Visegrad (V4) Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie, lorsqu’ils sont unis peuvent exercer un pouvoir difficilement contournable.       

On peut pourtant s’attendre à une présidence faible et un programme basé sur les mêmes recettes issues des paradigmes obsolètes de l’UE qui ont aboutit à des crise multiples. Si elles sont maintenues, les mêmes politiques  libérales et leur arsenal normatif vont produire les mêmes effets. On ne se dirige donc pas vers une réforme fondamentale de l’UE en fragmentation pour s’adapter à la nouvelle donne géopolitique européenne et mondiale. Ce sont donc les crise internes et externes qui seront l’aiguillon du changement, en l’absence d’une vision stratégique et géopolitique claire du projet européen.  

Le paquet de nominations négocié au Conseil européen, la présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, le président du Conseil européen, Louis Michel, le  haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Joseph Borell, et la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde souligne une grande continuité au delà des appartenances partisanes. Ces personnalités sont en effet toutes en faveur d’une  UE basée sur le concept de société ouverte et le libre-échange, des frontières relativisées, l’adhésion à la doctrine multilatéraliste, la poursuite de l’immigration malgré une communication visant à rassurer l’opinion publique des frontières, et une Europe atlantiste avec une relation étroite avec les Etats -Unis en rivalité avec la Russie et la Chine.  La vision générale est plus proche de la vison germano-américaine du projet européen que de la vision classique française base sur l’équilibre des puissances, l’Etat fort et la souveraineté, il est vrai affaiblie par les présidents français successifs qu’ils ne l’ont plus réellement défendue, mis à part au niveau déclaratoire.      

Ces nominations ont en réalité pour objectif de défendre le modèle de  démocratie libérale et multiculturaliste et non pas une Europe comme puissance géopolitique et alliance de  nations enracinées comportant des éléments partagés de civilisation. C’est donc une Union européenne qui resté coincée sur les paradigmes libéraux et intégrationnistes du siècle dernier, en contradiction avec le demande croissante des citoyens pour une Europe des nations préservant la souveraineté des Etats, plus de frontières, moins d’immigration, et moins de libéralisme économique. 

Le programme de la commission est assez peu ambitieux  et la mise en avant de la question du climat permet de rester assez vague. Même si cela paie en termes politique vis à vis de citoyens de se présenter comme un défenseur  du climat, cela aboutit aussi à des objectifs incantatoires et utopistes et favorise donc l’irresponsabilité politique  

En ce qui concerne la France, la président  Emmanuel Macron soutient comme l’Allemagne cette vision libérale et atlantiste de l’Europe, mais selon une moindre intensité. Il ne pratique cependant pas la politique  d’équilibre comme le général de Gaulle savait le faire pur rééquilibrer la situation. Cette posture entre donc en contradiction avec la vision gaullienne de l’Europe des nations qui se renforce pourtant inéluctablement au sein de l’opinion publique française face à la mondialisation ultralibérale et ses effets destructeurs. 

Les tensions au sein de l’Union européenne et au sein de l’axe franco-allemand  vont donc se poursuivre, puisque la rivalité géopolitique au sein du couple franco-allemand  aboutit à des compromis précaires et inachevés. Il ont surtout pour objectif de tenter d’endiguer et repousser dans le temps les crises qui s’empilent sans jamais être définitivement résolues. Cette rivalité géopolitique franco-allemande constitue donc un obstacle à une orientation commune et  définitive à propos des finalités européennes. Celles -ci sont un enjeu de pouvoir qui sont de moins en moins partagées entre Etats-membres.  

Le projet européen reste un enjeu géopolitique de pouvoir entre ses Etats-membres, et en particulier la France et l’Allemagne qui oscillent entre rivalité et compromis temporaire. 

 

 

Loup – victime d’un préjudice

« En Europe, le loup a toujours évolué à proximité de l’homme, toujours. Et c’est étonnant pour nous, biologistes, de voir que d’un coup les gens sont inquiets de les apercevoir dans un environnement fortement occupé par l’humain.

« À l’époque des Grecs, on parlait déjà de cette proximité. Ce partage d’un territoire occupé tant par l’homme que par le loup a amené à ce conflit qu’on connaît toujours aujourd’hui. Simplement, il avait disparu et son retour suscite des craintes et des questionnements. Dans notre imaginaire, le loup est sanguinaire, il y a plein de fantasmes qui l’entourent. Si jamais un jour, il mord un enfant ou un adulte, ça va être la catastrophe.

« Dans le monde, les chiens tuent des humains chaque année, souvent dans le cercle familial. Comme il est domestiqué, on accepte plus volontiers […] Toutefois, il faut tenir compte de la crainte des gens, les prendre au sérieux. Il faut en parler, donner de l’information. Sinon, ça ne peut qu’attiser les inquiétudes. »

« Partout, on voit des loups qui peuvent s’approcher des maisons parce que c’est là qu’il y a la nourriture. Il n’est pas intéressé par l’homme ou les petits enfants. Mais par les proies qui peuvent être à proximité des humains. Les infrastructures humaines ont toujours fait partie de son paysage. Il ne voit pas forcément la différence avec la nature sauvage. Il y a aussi d’autres explications. En montagne, les troupeaux sont de mieux en mieux protégés et poussent le loup à descendre et s’attaquer des bêtes en basse altitu. L’aire de répartition du loup a aussi augmenté, il peut être amené à coloniser des zones où il y a davantage d’habitations. »

« Sncèrement, le loup n’est pas une espèce dangereuse pour l’homme, l’humain ne risque absolument rien. Mais il faut être clair, on vit sur la planète avec des animaux et un accident peut toujours arriver. Comme pour toutes les bêtes sauvages – bouquetin, cerf, sanglier -, on ne peut pas exclure qu’il puisse y avoir des interactions avec l’humain, des bousculades, des morsures. Notamment parce qu’il a eu peur, ou que l’homme a donné de la nourriture. Rappelons que l’humain représente un danger pour le loup. Un coup de pied dans la mâchoire peut la lui casser. L’Homo sapiens est une espèce très puissante. Si les loups étaient si dangereux et malins que ça, on ne les aurait pas éradiqués aussi facilement, à partir du XVIIIe siècle. Les gens me demandent souvent lors de mes conférences “Que fait-on quand on rencontre un loup ?” C’est tellement rare, il faut commencer par faire une photo. Puis allez jouer à l’Euromillion. »

Jean-Marc Landry est un éthologue suisse. L’éthologie désigne l’étude scientifique du comportement des espèces animales.

La reprise d’un dialogue stratégique incluant

Dr. Pierre-Emmanuel Thomann

Comme on pouvait le craindre, le retrait unilatéral des États-Unis du traité sur les missiles antibalistiques (ABM) en 2002 et la poursuite inexorable du projet de bouclier anti-missile américain qui s’étend au territoire européen dans le cadre de l’OTAN a sérieusement déstabilisé le système de sécurité international. Il a provoqué la réaction de la Russie et cette évolution négative met le territoire européen en première ligne de la nouvelle confrontation entre les États-Unis et la Russie.

En effet, le discours du président Vladimir Poutine devant l’Assemblée fédérale de la Fédération de Russie le 1er mars 2018 a annoncé que la Russie possédait une palette d’armes de nouvelle génération pour faire face au bouclier anti-missile américain. Le système anti-missile américain a été renforcé par l’ouverture de nouvelles bases en Europe près des frontières de la Russie en Roumanie et en Pologne et forme une ceinture de bases militaires et de plates-formes pour le bouclier en Alaska et en Californie sur le territoire américain et au Japon et en Corée du Sud en Asie, donc tout autour du continent eurasien.

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I. Dr. Pierre-Emmanuel Thomann: Le bouclier anti-missile et les risques.

Cette réplique est non seulement adressée à la poursuite du bouclier anti-missile, mais aussi destinée à rétablir l’équilibre stratégique après la relance de la course aux armements nucléaires par les États-Unis, confirmée par la dernière revue nucléaire stratégique (NPR) de  février 2018. Ce document annonce une augmentation des dépense de plus de 611 milliard de dollars, c’est à dire les dépenses les plus fortes dans le monde et plus que tous les 8 grands pays suivants. Il annonce aussi le développement d’armes nucléaires plus flexibles, risquant d’abaisser le seuil d’utilisation nucléaire. Elle fait aussi suite aux discussions aux États-Unis d’un éventuel retrait du traité INF (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire) qu’ils accusent la Russie d’avoir enfreint.      

Le contexte est aussi celui d’une désignation de la Russie et la Chine comme adversaires en 2018 par les États-Unis dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale de décembre 2017 (NSS). Il fait suite à un élargissement continu de l’OTAN après la fin de la Guerre Froide, pendant presque deux décennies, jusque sur le territoire de l’ex-Union soviétique et toujours plus proche du territoire de la Russie. La Russie par contre ne possède pas de bases proches du territoire américain. Le système de défense américain déborde largement sur le territoire européen et eurasien tandis que la Russie ne défend que son propre territoire, d’où le renforcement de la perception d’encerclement.                

Les nouveaux armements russes sont de nature diverse.

Le ministère de la défense et les industries de défense russes ont développé un nouveau système de missile lourd intercontinental, nommé Sarmat, qui le rend difficile à intercepter par un système de défense anti-missile. Equipé de têtes nucléaires puissantes y compris hypersoniques, ses capacités énergétiques importantes peuvent frapper des cibles partout  en passant par les pôles Nord et Sud.

Un nouveau missile à ogive nucléaire nommé X-101, furtif, voyageant à basse altitude et à trajectoire aléatoire,  a aussi été conçu pour rendre inopérant le bouclier antimissile.

La Russie a de plus développé un modèle de submersible sous-marin sans pilote, capable de se déplacer en grande profondeur, avec des ogives nucléaires ou conventionnelles. C’est un nouveau type d’arme stratégique sous-marin.

Enfin, un système de missile supersonique, avec des ogives nucléaires ou conventionnelles,  10 fois plus rapide que le son, le Kinzal, permettrait de passer outre tous les systèmes antimissiles et antiaériens  à une portée de plus de 2000 km. Le président russe a aussi insisté sur leur crédibilité.

Cette escalade nucléaire fait encourir le plus grand risque pour les nations européennes dont le territoire redevient un enjeu dans la rivalité entre les États-Unis et la Russie dans l’éventualité d’une guerre nucléaire. La sécurité des Européens devient de plus en plus tributaire des manœuvres américaines et russes sans avoir un seul mot à dire à propos de leurs intérêts, non seulement vis à vis des décisions russes mais aussi de celles prises par les États-Unis qui sont les seuls décideurs ultimes de l’emploi de l’arme nucléaire au sein de l’OTAN. La  France et le Royaume-Uni possèdent leurs propres armes, mais sans commune mesure avec les arsenaux russe et américain. Il devient urgent pour les Européens de proposer l’amorce d’un dialogue sur la sécurité européenne et globale, afin d’enrayer l’escalade de cette nouvelle course aux armements nucléaires. Il pourraient enfin envisager un nouveau système de sécurité européen, avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils aient perdu toute maîtrise de leur destin. Cette initiative serait d’autant plus bienvenue que les Russes ont depuis toujours annoncé vouloir établir un dialogue afin de restaurer la confiance, afin de ne plus recourir à l’escalade.

Dr. Pierre-Emmanuel Thomann, géopolitologue, président d’Eurocontinent   

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II. Dr. Pierre-Emmanuel Thomann: Le bouclier anti-missile et les risques.

 

 

         

Tajani de l’époque des marchands d’esclaves’

2,5 millions de personnes ont demandé l’asile dans l’Union européenne au cours des deux dernières années. Rien qu’en 2016, 360 000 migrants sont entrés en Europe par la Méditerranée. En date du 20 juin 2017,  1 990 personnes ont été portées disparues ou sont décédées en mer depuis le début de l’année.

« Naufrages en Méditerranée, morts dans le désert, enfants abandonnés à eux-mêmes : nous sommes revenus à l’époque des marchands d’esclaves et de la traite des femmes », a dénoncé le Président du Parlement Antonio Tajani à l’ouverture d’une conférence consacrée à la gestion des migrations.

« En l’absence de solutions, les sirènes du populisme tournent à leur avantage l’indignation et la peur. Elles créent l’illusion que nous pouvons nous enfermer dans nos murs et nos frontières en laissant les problèmes à l’extérieur », a-t-il ajouté à la veille d’un sommet européen consacré notamment à la crise migratoire. « Une réponse sérieuse requiert une stratégie européenne globale qui s’attaque à la racine des problèmes, en ne se limitant pas à la gestion de la situation d’urgence ».